Cocker Power

Maxi Pop 1, 28 juin 1972 © Jacques Leblanc

C’est le mardi 27 mai que Joe Cocker est revenu en France, mais en attendant de savoir les résultats de ce concert, il serait bon de revenir un peu en arrière et de connaître un peu mieux l’origine du « Cocker Power ». Joe Cocker a aujourd’hui 28 ans ; c’est dans une famille relativement modeste de Sheffield qu’il vit le jour. À 16 ans, il quitte définitivement l’école et va effectuer tour à tour des tas de métiers et simultanément débuter une carrière de chanteur. Il découvre alors Ray Charles et le rock’n’roll et se produit dans les pubs avec son premier groupe.

En 1962, il prend le pseudonyme de Vance Arnold & The Avengers, et il commence à sillonner l’Angleterre. Plus tard, il parcourt les bases américaines de France et d’Allemagne comme beaucoup d’autres, où il est très apprécié des Noirs pour sa manière de chanter le blues et par sa voix fantastique.

Puis en 67, c’est sous son propre nom qu’il se produit accompagné par le Grease Band ; Chris Stainton, le pianiste de la formation, compose « Marjorine » qui sera le premier disque de Joe à connaître un succès d’estime, mais là n’est pas sa première tentative. Nous sommes alors en 1968 ; à la fin de cette année, il enregistre son second simple « With A Little Help From My Friends », un titre des Beatles extrait du célèbre album « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band », qui va connaître le succès que l’on sait. Joe Cocker triomphe alors au Royaume-Uni. Avec la participation de gens comme Jimmy Page, Steve Winwood, Matthew Fisher, etc. ; il met en boîte son premier album.

Des petits clubs français comme la Tour de Nesle ont alors la chance de l’accueillir ; chez nous ce n’est pas encore la gloire et Joe doit effectuer lui-même le travail des roadies, portant son propre matériel.

1969 : Joe Cocker s’impose comme la révélation des festivals de Woodstock aux USA et de Wight en Angleterre. En 1970, son second 30 cm lui vaut un disque d’or en Amérique, et sa présence au MIDEM à Cannes ; c’est aussi sa première collaboration avec le sieur Leon Russell.

Joe Cocker entame alors sa troisième tournée américaine avec une troupe de cinquante personnes (musiciens, groupies, roadies, enfants, techniciens, etc.) baptisée « Mad Dogs & Englishmen » sous la houlette de Leon Russell et Chris Stainton. Ce tour sera empreint d’une véritable folie et le mot triomphal prend ici toute sa valeur. Cette tournée sera d’ailleurs immortalisée par un double album merveilleux, et un film long métrage, qui nous valut la venue de la pop star Russell, pour sa présentation fin 71 à Paris.

Enfin en mars 1972, Joe Cocker reprend goût à la chanson ; après presque deux ans d’absence de la scène, il est enfin rétabli. Le pianiste Chris Stainton le contacte, lui annonçant qu’il a monté un nouveau groupe sous la direction du producteur Nigel Thomas (qui va devenir celui de Joe). Cocker accepte la proposition de Chris et le rejoint aux États-Unis. En avril, une nouvelle fois l’Amérique s’enflamme à la vue du « Cocker Power ». 350 000 spectateurs viennent l’applaudir durant les 25 concerts qu’il donne à travers les USA, accompagné par le Chris Stainton All Stars. Toute cette tournée est enregistrée, même certains spectacles ont été filmés, en vue de sortir un nouvel album public. C’est dans les studios US de Leon Russell que Joe et Chris procèdent au mixage des bandes. Et c’est enfin le grand retour au pays pour le « Great Western Festival » de Lincoln où les Anglais retrouvent enfin le GRAND COCKER. Nous vous dirons la semaine prochaine si la voix puissante d’émotion et de sensation de Joe Cocker alliée à la combinaison d’un acte visuel saisissant aura déchaîné le public parisien, ce dont je pense être à peu près certain. Alors il se peut que pour un soir Joe Cocker devienne le frère de ces enfants de Saint-Ouen, dont l’enfance n’est pas tellement éloignée de celle qui fut la sienne. Après ce concert, il ne restera plus qu’à attendre ses nouveaux titres sur son prochain album que l’on annonce déjà comme fantastique.